| Nécessaire inculpation des responsables de l’agression contre Gaza |
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| Écrit par denis | |||||||||
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Par Richard Falk Professeur émérite de droit international à l’université de Princeton, auteur de The Great Terror War, Olive Branch Press, 2002 ; rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.
Pour la première fois depuis sa création, en 1948, l’Etat d’Israël se trouve confronté à de graves accusations de crimes de guerre émanant de personnalités mondialement respectées. Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) lui-même, M. Ban Ki-moon, pourtant toujours prudent à l’égard des agissements d’Etats souverains, surtout lorsque ceux-ci sont alignés sur la politique du membre le plus influent au sein de l’ONU, les Etats-Unis, s’est joint à la demande d’une enquête et de poursuites éventuelles. Il est vrai que l’attaque lancée par Tel-Aviv le 27 décembre 2008 contre la bande de Gaza diffère de tous ses précédents recours à la force, à la fois par les armes utilisées et par la mise en œuvre d’une tactique meurtrière contre une population sans défense. Mille trois cent trente Palestiniens ont été tués pour treize Israéliens (dont plusieurs par des « tirs amis »), soit un rapport de plus de cent à un. Le déséquilibre des pertes est tel que, quand le gouvernement israélien et ses alliés parlent de « représailles » et de « droit d’Israël à se défendre », la plupart des commentateurs répugnent même à employer le terme de « guerre ». Les voix critiques, elles, dénoncent haut et fort un « massacre », des « crimes de guerre » et des « crimes contre l’humanité » (lire « Juger les criminels »). Par le passé, les actions militaires israéliennes, accusées de violer la Charte des Nations unies, étaient souvent largement condamnées, en particulier par les gouvernements arabes ; mais nombre de pays reconnaissaient du moins que l’Etat hébreu utilisait la force dans un contexte de guerre. Les accusations de crimes de guerre provenaient seulement de gouvernements et de mouvements radicaux. Ces premiers conflits armés ont en effet été menés contre des voisins arabes qui refusaient à Israël le droit d’exister. Ils mettaient aux prises des Etats, et même la guerre de 1967, au cours de laquelle Israël a fait la démonstration de sa supériorité militaire, relevait encore du cadre de la politique internationale. On pouvait soutenir qu’elle était illégale, mais certainement pas criminelle. Etat contre mouvement de résistance arméeAvec la guerre du Liban, en 1982, les choses ont commencé à changer. Le casus belli était alors l’implantation au Liban sud de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ; on se souvient surtout de la fin de ce conflit, avec le massacre de centaines de Palestiniens désarmés dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila. Bien que ces atrocités aient été l’œuvre des milices chrétiennes libanaises, la complicité israélienne est avérée. Mais, quoique inquiétant, ce crime pouvait être considéré comme un « accroc » dans le cadre d’une action militaire qu’Israël justifiait par l’incapacité du gouvernement libanais à empêcher l’utilisation de son territoire par des groupes hostiles. Les suites de la guerre de 1982 ont été l’occupation du Liban sud et, en réaction, la naissance du Hezbollah et de la résistance armée, qui a finalement conduit à un retrait honteux en 2000. L’invasion israélienne de 1982 et l’occupation du Liban sud préparèrent le conflit de 2006 ; le Hezbollah remplaça l’OLP dans le rôle de l’ennemi désigné. La campagne militaire entreprise pour détruire l’organisation chiite a inévitablement touché les populations civiles, Israël utilisant sa technologie militaire sophistiquée pour combattre non pas un Etat ennemi, mais une société dépourvue de moyens équivalents pour se défendre, ce qui lui a attiré de nombreuses critiques. On pouvait également mettre en doute le choix de l’option militaire pour servir des objectifs politiques, dans la mesure où le Hezbollah est sorti renforcé de la guerre et où les seuls résultats tangibles furent l’atteinte à la réputation de l’armée israélienne et la dévastation du Liban sud. L’offensive sur Gaza a remis ces interrogations au premier plan. Elle a confirmé ce passage d’une guerre entre Etats à un affrontement mettant aux prises un Etat et un mouvement de résistance armée, et substitué au mot de « guerre » celui de « crime ». Israël a tout fait pour biaiser cette perception en obtenant des médias et des diplomates qu’ils se concentrent sur une seule question de droit international : son usage de la force était-il ou non « disproportionné » ? Or cette manière de poser le problème occulte la question fondamentale : celle de savoir si ces attaques avaient bien, au sens juridique, un caractère « défensif ». L’examen des circonstances dans lesquelles elles se sont déroulées oblige à répondre par la négative. Un cessez-le-feu temporaire entre Israël et le Hamas, effectif depuis le 19 juin 2008, avait permis de réduire pratiquement à zéro la violence à la « frontière » ; le mouvement islamiste avait proposé à plusieurs reprises de prolonger la trêve, jusqu’à une période de dix ans ; la rupture de celle-ci ne fut pas due principalement à un tir de roquettes, mais à une attaque aérienne israélienne qui avait tué six combattants palestiniens, le 4 novembre 2008. En d’autres termes, il n’y avait aucun motif recevable à se prévaloir de la légitime défense, dans la mesure où Israël n’était pas attaqué et où le recours à la diplomatie existait, semblait crédible et aurait dû être exploré (comme le prévoit la Charte des Nations unies). Le débat légal ne devrait donc pas se concentrer sur le caractère « disproportionné » de l’attaque contre Gaza — à l’évidence, elle le fut —, mais sur le point de savoir si elle était interdite par la Charte comme une action non défensive. Ce qui constitue un crime contre la paix, décrit au tribunal de Nuremberg comme le « crime suprême », englobant tous les autres. Le contexte gazaoui rend difficile la distinction entre guerre et crime, puisqu’il s’agit d’une zone confinée, densément peuplée, où les résistants se mêlent nécessairement à la population civile (lire « Comment les armées se préparent au combat urbain »). Mais si les attaques israéliennes sur Gaza et la riposte du Hamas — notamment les tirs de roquettes — ont outrepassé les limites du combat régulier, les deux parties ne peuvent pas être considérées comme également responsables. Israël a lancé l’opération sur Gaza sans base légale sérieuse, provoquant l’essentiel des dévastations et toutes les souffrances infligées aux civils. L’approche militaire visant à « punir » Gaza était intrinsèquement criminelle : elle violait les lois de la guerre et a abouti à des crimes contre l’humanité. Un autre élément invite conforte l’accusation d’agression. Le blocus que subissait déjà depuis dix-huit mois la population de Gaza au moment où Israël a lancé ses attaques équivalait à une punition collective, en violation des articles 33 et 55 de la quatrième convention de Genève qui réglementent la conduite d’une puissance occupante vis-à-vis des populations civiles. Cette politique a été largement condamnée comme un crime contre l’humanité et un grave manquement au droit international humanitaire. Elle a provoqué de sérieuses déficiences nutritionnelles et des désordres psychiques au sein de la population, la rendant particulièrement vulnérable à l’opération « Plomb durci ». Une vulnérabilité renforcée de façon cynique par l’interdiction faite aux civils de s’enfuir pendant que l’étroite bande de Gaza subissait ces violentes attaques. Seules deux cents épouses d’origine étrangère ont été autorisées à quitter le territoire, ce qui n’a fait que mettre en évidence le caractère criminel de l’enfermement d’enfants, de femmes, de malades, de personnes âgées et de handicapés dans la zone bombardée — sans même parler de la discrimination ethnique indirecte, puisque seules les femmes non palestiniennes avaient le droit de partir. C’est la première fois que, en temps de guerre, la population se voit refuser jusqu’à la possibilité de devenir réfugiée. D’autres crimes de guerre, plus ponctuels, ont semble-t-il été commis sur le terrain. Les témoignages collectés par des défenseurs des droits humains évoquent les tirs contre des cibles civiles, le refus de laisser passer l’aide médicale pour secourir des Palestiniens blessés et le blocage des ambulances. Des plaintes dûment documentées recensent vingt cas où des soldats israéliens ont tiré sur des femmes et des enfants qui brandissaient des drapeaux blancs. D’autres accusations concernent l’usage de bombes au phosphore dans des zones d’habitation, ainsi que l’utilisation d’une nouvelle arme particulièrement cruelle, connue sous le nom de Dime (Dense Inert Metal Explosive), qui explose avec une telle force qu’elle déchiquette les corps. Ces présomptions de crimes de guerre ne peuvent être clarifiées que sur la base d’enquêtes plus approfondies qui permettront de savoir s’il est possible de poursuivre en justice leurs auteurs, leurs commanditaires et les dirigeants politiques israéliens. Dans cet esprit, il faudra étudier les plaintes de l’Etat hébreu concernant les tirs de roquettes sur des cibles civiles, et contre les militants du Hamas ayant utilisé des « boucliers humains ». Mais, même sans enquêtes supplémentaires, l’accusation de crimes de guerre repose sur des bases solides. Les allégations les plus graves concernent le blocus de Gaza, le caractère criminel et non défensif de l’attaque elle-même, et les politiques officielles (le confinement de la population civile dans la zone de guerre, par exemple). Les charges contre le Hamas requièrent davantage d’investigation et d’expertise juridique avant qu’on puisse discuter des procédures utilisables pour imposer qu’il rende des comptes. Plusieurs questions viennent immédiatement à l’esprit : le débat à propos des crimes de guerre israéliens sera-t-il purement formel ? Y a-t-il une chance pour que les accusations soient suivies de procédures afin d’établir les responsabilités ? Parmi les mécanismes juridiques applicables, lesquels pourraient être utilisés ? Les craintes du gouvernement israélien sont en tout cas assez fortes pour qu’il ait pris l’engagement officiel de protéger ses responsables contre toute accusation de crime de guerre. Blocage |
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